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(H5, S3, W0) Meteoritical Bulletin #95
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Une chute de météorite s’est produite aux environs de Ouarzazate le 20 décembre 2008, plus précisément autour des villages de Tamdakht et de Tiguert situés dans les montagnes au nord-ouest de la ville. Nous décidons de nous rendre sur place pour rassembler plus d’informations sur cette chute et pour, éventuellement, en retrouver quelques pièces.
Départ pour le Maroc le mercredi 11 février dans l’après-midi. La route est longue, mais nous arrivons dans le sud du pays le 12 au soir, éreintés. Là, quelques jours de repos sont nécessaires pour nous remettre du trajet et aussi pour profiter du soleil qui nous fait tant défaut chez nous. Près de 30° C d’écart… un pur bonheur ! Nous partons pour Ouarzazate le lundi 16 février de bonne heure. Notre ami marocain nous accompagne, il a beaucoup tourné dans la zone de la chute et connaît beaucoup de nomades qui vivent dans ces montagnes. Nous arrivons à l’entrée de Ouarzazate en tout début d’après-midi et nous arrêtons dans la première station Total afin de retrouver quelqu’un qui nous y attend pour nous guider aux endroits ou des pierres ont été retrouvées. Nos deux accompagnateurs montent dans notre voiture et nous démarrons. La piste qui mène dans les montagnes part au bout d’une zone résidentielle. On voit que c’est une piste très utilisée, elle est large, plane (une vraie autoroute en terre) et nous pouvons rouler assez vite surtout en 4x4 ! |
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Au bout de plusieurs kilomètres nous arrivons à proximité des montagnes et la piste se gâte : elle devient de plus en plus étroite et tortueuse et nous rencontrons de nombreux passages d’oueds, de plus en plus difficiles et profonds. Nous croisons de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons qui paissent l’herbe maigre mais exceptionnellement drue qui pousse entre les roches. Notre guide nous montre les endroits ou certaines pierres ont été retrouvées, notre ami fait l’interprète et nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos. Cela fait bien plus d’une heure que nous avons pris la piste quand notre accompagnateur nous fait suivre un oued assez large et nous fait nous arrêter en son milieu. Impossible d’aller plus loin en voiture, il va nous falloir marcher ! Le temps d’enfiler les pulls et les blousons (nous sommes environ à 1500 m d’altitude et il ne fait pas bien chaud), d’attraper le GPS, et nous voilà partis. Le sol est couvert de pierres rondes comme des galets qui roulent sous nos pieds, les passages de bras d’oued sont nombreux, nous obligeant à descendre et remonter sans cesse, le relief s’accentue. Nous ne marchons pas très longtemps (environ 30 minutes) mais le paysage change sans cesse, passant de caillouteux à poussiéreux et verdâtre puis redevenant pierreux… |
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Piste entre Ouarzazate et l'ellipse de chute © P. Thomas |
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Troupeau au pied des montagnes © P. Thomas |
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Vue en direction de la plus importante masse de cette chute © P. Thomas |
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Oued menant au point d'impact de la pierre de 15 kg © P. Thomas |
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Nous arrivons sur l’impact d’où proviennent les 2.6 kg de fragments que nous avons eu au tout début du mois de janvier. D’après ce que nous comprenons, ceux-ci proviennent d’une pierre brisée en une multitude de fragments dont la masse avoisinerait les 14 kilos. Notre guide nous montre la trace d’impact à l’angle de deux pierres. C’est impressionnant ! Le choc nous semble avoir été d’une violence phénoménale. Avant toute chose, nous prenons les coordonnées GPS, puis nous essayons de voir sous quel angle la météorite a frappé les roches terrestres. Au vu des reliefs alentours (nous sommes dans un lit d’oued entouré de « falaises » de 20 à 30 mètres de haut) et de la trace laissée, nous parvenons rapidement à trouver la trajectoire de la pierre. Le sol est jonché de petits fragments de météorite sur une distance d’une dizaine de mètres en amont de l’impact. Je fais des photos de la zone et Léa grimpe en haut de la paroi sur la trajectoire de la météorite pour voir le relief. C’est un plateau parsemé d’oueds tous les 50 mètres, tous aussi profonds les uns que les autres. La végétation est rare mais existante, il y a beaucoup de cailloux sombres voire noirs, l’on se croirait dans un champ de chondrites altérées ! Le temps que nous vaquions à notre petite enquête, nos amis ont ramassé une quantité assez importante de fragments pesant en moyenne entre 0,5 et 3/4 grammes. Nous nous joignons à eux et fouillons le sable du lit d’oued aux abords du point d’impact. Les fragments retrouvés sont altérés, c’est sidérant de voir à quel point la perte de fraîcheur peut avoir été importante en moins de deux mois, dans une région relativement sèche. Vers 17 heures 30, nous décidons de partir en projetant de revenir le lendemain armés d’un aimant. Il y a tant de fragments que cela nous semble être le moyen le plus aisé de les ramasser. Nous retournons à la voiture alourdis d’un sachet contenant à peu près 300 grammes de petits morceaux, dont certains comportent une croûte de fusion magnifique. Le vent s’est levé et le temps tourne à la pluie. |
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Il est temps de partir, d’autant plus qu’il ne sert à rien de s’attarder, la nuit étant sur le point de tomber. Notre accompagnateur nous propose de retourner à Ouarzazate en poursuivant la piste que nous avons emprunté pour venir et qui fait une boucle en passant par Tiguert et Tamdakht, ce que nous acceptons avec joie. Autant arriver dans l’oued était relativement aisé, autant la suite de la piste devient compliquée. Nous sommes en montagne et les déclivités sont très fortes, les passages d’oueds très fréquents. Même en faisant attention la voiture frotte le sol par endroits. Juste après le passage d’un sommet la piste se poursuit en bordure d’un à-pic de plus de 30 mètres. Les roues de droite sont à 20 cm du bord, celles de gauche sont au plus près possible de la paroi. Pour compliquer le tout la piste est inclinée vers le vide. L’effet est saisissant dans le soir qui tombe. C’est à la nuit que nous arrivons au village de Tiguert, lové dans une petite oasis au creux des montagnes arides. Le pinceau des phares nous montre un paysage presque lunaire, un sol beige clair sur lequel sont posés de très grosses pierres de la même couleur. Il y a très peu d’éclairage et peu de gens dans les rues que nous longeons. Tamdakht n’est pas très loin à vol d’oiseau, mais nous sommes obligés de faire le tour complet de la vallée par la piste pour pouvoir accéder de l’autre côté. La route monte et descend sans cesse, nous traversons des oueds en eau, et c’est avec plaisir que nous voyons enfin apparaître les premières maisons de Tamdakht. La piste s’améliore lentement, des ouvriers sont en train de travailler à son agrandissement dans de grands engins de chantier qui creusent à même le roc, le travail est titanesque.
Nous reprenons contact avec le goudron à la sortie de Tamdakht en direction de Ourzazate et décidons d’aller manger quelque chose en ville avant de nous installer pour la nuit aux abords de la grande piste que nous avons empruntée le midi, afin d’être en position idéale pour retourner prospecter de bonne heure. La nourriture marocaine vaut le détour et nous comblons notre gourmandise dans un petit snack aux abords de la gare routière.
Impossible de veiller tard ce soir, la pluie est de la partie. Le temps de sortir les duvets de la benne et l’on est bien mouillés. On ne peut qu’espérer que cela ne dure pas. |
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Le lendemain matin, le temps est au beau. Nous nous mettons en route avant 7 heures, le ciel est dégagé et le vent est tombé. Arrivés sur place, nous commençons par petit-déjeuner. Un peu de pain avec des maquereaux à l’huile, un vrai bonheur quand on a faim, même si ce n’est pas très conventionnel ! Comme cela ne nous tente pas de fouiller le sable avec notre petit aimant à la main car il y a plein d’épines, alors nous le posons sur une boucle de ceinture. L’aimant à peine plongé dans le sable au pied de impact ressort pleinement recouvert d’une impressionnante quantité de petits fragments et de poussière de météorite. Notre ami marocain et Léa s’occupent de ramasser les miettes – l’un qui fouille le sable, l’autre qui nettoie l’aimant au dessus d’un sachet en plastique – pendant que je fais le tour de la zone en essayant de trouver les fragments les plus éloignés. C’est à près de 10 mètres du point d’impact que je trouve les plus gros fragments, de l’ordre de 8 à 10 grammes. Ceux-ci sont soit au sol, enfoncé dans le sable du lit de l’oued, soit posés sur les hauteurs alentours. Toutes les parois dans un arc de cercle de près de 90° recèlent des fragments dans leurs interstices. |
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En tombant, la météorite a heurté deux pierres simultanément. L’une, présentant les plus grosses traces du choc, est un bloc énorme d’environ 1m3, intransportable en l’état et non découpable avec les outils dont nous disposons. L’autre est une pierre assez friable qui s’est brisée en un angle sous l’impact, projetant des fragments à même distance que la météorite. Après le ramassage de la météorite arrive le collectage des fragments cassés. Une trace de choc est visible sur cette pierre qui par chance est légèrement fendue dans son épaisseur. Quelques coups de pierre bien placés permettent de la séparer en deux le long de cette faille, et nous décidons de ramener en France notre moitié de pierre comportant les traces d’impacts. Il est près de midi quand nous retournons à la voiture. Autant la route à parcourir à pied pour aller sur le lieu de la chute est aisée, autant la faire avec une pierre d’une trentaine de kilos dans les bras sous le soleil de la mi-journée est beaucoup moins drôle, mais nous y parvenons néanmoins avec beaucoup de pauses.
Pour se remettre de cet effort, rien de tel qu’un bon repas et nous retournons dans notre petit snack pour un déjeuner tout aussi délicieux que notre dîner de la veille. |
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Nous avons rentré les coordonnées des impacts que nous connaissons sur le GPS et décidons de retourner du côté de Tiguert afin de voir la zone où on été retrouvées les plus petites pierres. Malheureusement, le temps d’arriver, la météo a de nouveau décidé de nous chagriner et c’est sous une pluie qui devient battante que nous parvenons au plus près possible de notre destination. Nous n’avons pas le courage de faire plus d’un kilomètre de montagne à pied sous le déluge et rebroussons chemin. Il n’est pas trop tard mais les efforts physiques de la journée nous rattrapent et nous prévoyons que le lendemain ne sera pas plus facile vu que nous projetons de prospecter à pied sur la zone. Juste le temps de bavarder un peu et nous nous installons pour dormir. La nuit est très froide et les duvets sont les bienvenus ! |
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Même heure de réveil le lendemain matin et l’envie d’y retourner est tellement forte que nous prenons juste le temps de boire un thé dans un petit bar épicerie de Ait Ben Haddou et d’acheter quelques pains avant de se mettre en route. Nous retournons à l’endroit où nous avions du nous arrêter la veille, avant de nous dire que les habitants du village avaient certainement du fouiller consciencieusement la zone et que nous n’avions que peu d’espoir. Nous décidons alors de nous rendre dans une zone juste en amont de deux trouvailles d’environ 15 kg. Nous nous arrêtons souvent sur la piste pour scruter le flanc des montagnes alentours avec nos jumelles, en vain. Léa part voir ce qu’il y a en haut d’une petite montagne, c’est un grand plateau magnifique avec une vue imprenable sur tout le strewnfield. Nous la rejoignons afin de faire des photos et de voir si, par le plus grand des hasards, une météorite n’aurait pas choisi de terminer sa course à plus haute altitude. Nous sommes à plus de 2 km de l’endroit où nous voulons nous rendre et nous retournons à la voiture pour continuer la piste. Notre ami marocain choisit de redescendre du plateau par l’autre versant afin d’aller interroger les nomades qu’il voit aux alentours. Cette région de montagne est effectivement très fréquentée par une quantité importante de bergers, de chiens, chèvres et moutons. Nous faisons le tour de cette petite montagne pour aller le chercher de l’autre côté et apercevons alors une voiture à l’horizon qui vient dans notre direction. Notre ami nous relate ce que les nomades lui ont dit : La plupart d’entre eux ont été réveillés par l’explosion extrêmement forte et n’ont rien vu. Il faisait déjà nuit dans ces montagnes à l’heure de la chute et le métier de berger s’exerce à la lueur du jour. De plus, il y avait de la neige et un vent glacial et les bêtes étaient parquées pour la nuit dans de petits enclos en pierre couverts de bâches en plastique pour éviter qu’elles ne prennent froid. La détonation a complètement affolé les animaux qui ont essayé par tous moyens de sortir de leurs enclos pour fuir. Certaines bêtes ont été légèrement blessées dans le mouvement de panique qui s’en est suivi, mais les nomades pensent que si celles-ci n’avaient pas été enfermées au moment de l’évènement, ils seraient peut-être encore en train de leur courir après ! |
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Ait Ben Haddou © P. Thomas |
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Au moment où notre ami monte dans la voiture, il nous dit reconnaître cet autre véhicule qui appartient à des personnes d’Erfoud qu’il connaît très bien. Nous allons donc les rejoindre. Ces personnes, nomades sédentarisés à Erfoud, ont, peu de temps avant, trouvé une belle pièce complète de 3,8 kg. Ils ont de plus à nous indiquer un point d’impact qu’ils ont découvert vide. Ils nous montrent un beau trou dans un lit d’oued… Effectivement, il n’y a plus rien, mais c’est toujours des coordonnées supplémentaires. Comme nous ne sommes pas loin de l’endroit où nous voulions aller et que la piste s’éloigne dès à présent dans le mauvais sens, nous décidons de continuer à pied. 1,3 km à parcourir, ce n’est pas la mer à boire, même si le relief est très accidenté. Les pierres roulent sous nos pieds et nous avons l’impression de ne pas avancer tellement cela monte et descend sans cesse. Nous sommes même parfois obligés de contourner des collines plus escarpées que d’autres et on ne progresse pas vite. Beaucoup de pierres noires dans le coin qui nous donnent souvent de faux espoirs. |
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Zone entre les pierres de 5 kg et celles de 15 kg © P. Thomas |
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Après plus de trois quarts d’heure de marche, nous sommes encore à plus de 600 mètres de notre objectif. Encore une grande montée au cours de laquelle nous espérons que la suite sera plus clémente avec nos jambes. Arrivés en haut, nous faisons une grande découverte : une piste sillonne en bas de l’autre versant et, pire que tout, c’est la même que celle sur laquelle nous nous sommes arrêtés bien plus haut. L’erreur a été de tracer tantôt avec un GPS, tantôt avec l’autre… Cela ne nous a pas permis de nous rendre compte que le point que nous voulions atteindre était à environ 200 mètres de la piste que nous avions empruntée le premier jour et qui traverse toute la région. Je retourne à la voiture en coupant à travers les montagnes pendant que les autres partent m’attendre sur la piste. Un peu de temps perdu, mais au moins on sait que dans ces petites montagnes il n’y a rien. Une fois arrivés sur le point d’impact que nous voulions voir, on voit de suite qu’il n’y a plus aucune trace de quoi que ce soit. La pluie a du tout laver.
Nous faisons demi-tour afin de retrouver les nomades d’Erfoud qui nous attendent pour le thé. Ceux-ci en profitent pour nous amener sur le lieu de leur trouvaille où nous prenons les coordonnées et ramassons la pierre que la météorite a cassée dans sa chute, ainsi que quelques tous petits fragments qui restent au font du trou. La météo est de nouveau incertaine et nous buvons le thé sous quelques gouttes de pluie agrémentées de fortes rafales de vent. La nuit tombe vite en montagne et nous décidons de retourner à Ait Ben Haddou. Nous nous arrêtons souvent pour questionner les gens que nous croisons sur la piste afin de glaner quelques renseignements, souvent en vain, même si l’on nous montre un petit fragment retrouvé, un peu altéré et ne pesant pas plus d’une quinzaine de grammes. |
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Ce soir, nous avons décidé de dormir à l’hôtel vu que nous devons reprendre le bateau le lendemain. Pour explorer cette ellipse de chute, il faudrait des semaines tant le terrain est accidenté et les conditions peu faciles. Malheureusement, nous n’avons pas ce temps, mais il était important pour nous de relever les coordonnées fiables du plus grand nombre de points d’impacts possibles. Nous ne revenons de plus pas bredouille car la quantité de petits fragments que nous avons réussi à récupérer avoisine le kilo ! |
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